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Bienvenue

Elisabeth, Patrick et Nadège Huguet, sont heureux de vous accueillir à la Commanderie Saint-Jean d'Artins pour un séjour convivial et dépaysant au cœur de la vallée du Loir, au carrefour du Loir-et-Cher, de la Sarthe et de l'Indre-et-Loire.

Réservez votre séjour chez nous au 02 54 72 48 47

Faire notre connaissance

 

Translation please

Publié par SARL La Commanderie Saint-Jean d'Artins

 

Que le temps passe vite !!! Cependant, il est important de ne pas relâcher nos efforts pour mieux connaitre les petites et grandes histoires de notre chère Commanderie. Une visite aux archives départementales de Poitiers s’impose à nous par un matin gris et humide de février. Et oui, un nouvel adage est né : « En février, cherche dans les papiers ! » ; notre première exploration archivistique ne s’était-elle pas tenue en février … mais en 2008 !!! Quand je vous disais que le temps filait !

Nous voilà, cher(e)s ami(e)s, repartis pour de nouvelles aventures poitevines ; un petit rappel : les archives sont conservées à Poitiers car le siège du Grand Prieuré qui gérait la Commanderie d’Artins se trouvait historiquement à Poitiers, ceci expliquant cela. A peine arrivés, qu’il nous faut refaire notre laissez-passer ! Pensez donc, la carte magnétique des Archives se renouvelle gratuitement, tous les ans. Après un enregistrement en bonne et due forme, nous pouvons enfin accéder à la grande salle de lecture et nous replonger dans l’histoire ...

Le matériel reste le même : ordinateur portable, appareils photos numériques sans flash, papier blanc et crayons de papier. Nous avons même pensé à prendre notre pique-nique pour ne pas perdre trop de temps ! C’est vous dire notre motivation.

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Pour commencer un petit repérage dans les inventaires des séries s’avère judicieux. Les archives sont classées par série à laquelle correspond une lettre, pour nous : la lettre H (série des archives religieuses, du clergé régulier c'est-à-dire des moines vivant selon une règle, en opposition au clergé séculier). La lettre est suivie d’un nombre, indiquant des regroupements de documents, par lieu, par époque, par « affaire » selon le volume de pièces d’archives conservées.

L’ensemble de ces données constitue une cote qu'il faut demander, par voie informatique, ce qui permet aujourd’hui une communication plus efficace entre les lecteurs (nous) et les agents des archives qui passent leur temps à courir dans les couloirs des réserves, souvent labyrinthiques, pour quérir les documents demandés, de supports, de formes, de nature et de poids très variables. Une pensée amicale pour ces coureurs de l’ombre au combien efficaces !

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Nous décidons, pour cette session, de nous concentrer sur les terriers. Pour la Commanderie, les terriers conservés sont des mines d’informations à décrypter. Le terrier est un livre, de grandes dimensions pour ceux d’Artins, formés de plusieurs cahiers in quarto (la feuille de papier fabriquée est pliée en 4, formant alors 4 feuilles, soit 8 pages d’écriture) souvent reliés entre eux. Des historiens spécialisés étudient d’ailleurs les méthodes et les modes de fabrication de ces livres, assemblées à postériori, c’est ce qu’on appelle la codicologie (souvent ils étudient aussi la fabrication du papier, les nouages de cordelettes, l’encre…).

Bref, dans les coutumes des Commanderies en général, chaque départ et/ou arrivée de Commandeur nécessite la réalisation d’un terrier. Il s’agit en fait d’un état des lieux très précis du patrimoine foncier et des habitants y travaillant. La terre étant la principale source de revenus, les terriers décrivent précisément les terres, leur localisation, leur superficie, leur usage, leur rendement. De quoi devenir fou ou géomètre !!! Certaines parcelles comportent des éléments construits  comme les moulins, les fermes. Chaque Commandeur a le devoir de préserver le patrimoine dont il est le « gestionnaire temporaire » et surtout de l’augmenter.

Pour Artins, quelques volumineux terriers nous attendent : à celui de 1780 entrevu lors de notre première exploration (voir article), s’ajoutent deux autres datés de 1751 (voilà qui est bien mystérieux), un de 1693 et enfin le plus ancien conservé : un terrier de 1646.

« Chacun son terrier ! » peut être notre cri de « lecteur-chercheur-photographe ». Alors que Nadège replonge avec l’œil pétillant dans les pages serrées de 1780, Xavier, qui s’offre là son baptême, scrute l’œil rivé sur l’appareil photo son terrier de 1751a, pendant que je m’octroie le second de 1751b ... 

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Mon choix nous vaut un bon fou rire : ce terrier concerne bien la Commanderie d’Artins mais il traite uniquement de ses prieurés dépendants ! « Ne pas courir plusieurs lièvres à la fois » et « lire sans précipitations les inventaires » me serviront de leçon !! Vous êtes d’accord, j’en suis sure,  commençons  par la Commanderie ; le reste nous attendra bien un peu encore. La décision est prise : deux terriers à la fois, c’est amplement suffisant puisqu’il faut les photographier méthodiquement pour une étude appronfondie ultérieure. Pendant ce temps, j’enregistre et identifie les clichés numériques au fur et à mesure. Sage décision, au vu des quelques centaines de pages tournées dans les deux différents terriers, un coup à tout se mélanger !

Vous me direz probablement : pourquoi commencer par le terrier le plus récent, puis remonter dans le temps ? Oui, pourquoi faire de la rétro-chronologie ??? Vu les terriers et les écritures, il est plus facile de commencer par les derniers états des lieux (plus lisibles), cela permet de mieux se repérer après, dans les terriers plus anciens. Il est souvent question de lieux, de noms de routes, de lieu-dit. Nous avons davantage de chances de les retrouver dans la toponymie actuelle ou dans celle du XIXes sur une carte ancienne. Ensuite, il est plus aisé de voir l’évolution du mot et de son orthographe dans le temps. Vous souhaitez un exemple peut-être : et bien soit ! Au XVIIIe, la mention de « La Morandinière » évoque un lieu existant aujourd’hui ; au XVIIes elle était « Lamorandière », ou « La Morandelle » ; au XVIes : « Mortanderie » tout court ! C’est en recoupant les noms des terres la bordant (qui eux aussi ont évolué !! Vous suivez toujours ?), que ce lieu est identifié comme étant toujours le même. Or en ouvrant directement les archives du XVIes, « Mortanderie » n’aurait certainement pas été identifiée avec « La Morandinière ».

A quoi nous servent donc tous ces terriers me demanderez-vous ensuite ? Et bien, imaginez que vous avez les pièces d’un puzzle, sans connaitre le nombre de pièces, les dimensions, et le dessin à obtenir au final…. Vous y êtes ? Deux solutions : soit on se perd et on abandonne, soit on pose une méthode de travail. Cela permet de poser un cadre, des activités et des noms sur les propriétés de La Commanderie, et de les faire évoluer en intégrant les nouvelles données au fur et à mesure de leur découverte… A terme, il s’agit de comprendre que la Commanderie tire sa richesse, donc sa puissance  de la terre, et de l’inscrire alors dans un panorama global au fil de l’histoire.

De plus, les informations des terriers donnent des clefs pour parcourir d’autres archives : les liasses. Cette fois, aucun livre relié, seulement des feuillets en vrac, ayant comme point commun La Commanderie. Comment interpréter les enjeux d’un procès entre un Commandeur et un seigneur, sur une chasse, un lièvre ou des bois, si les divers propriétaires et le mode d’acquisition des terres restent dans l’ombre ? Comment interpréter un « œil pour œil, dent pour dent » qui transpire dans certains documents, si on n’a pas découvert les droits de chaque propriétaire, ses privilèges et autres coutumes (voir Théo III et le comte de Vendôme). Tout cela resterait alors factuel, telle une petite anecdote sans relief.

Bien sûr, notre méthodologie parait bien frustrante ! Toutes ces heures passées à tourner des pages, à délimiter les diplomatiques (sorte de protocole d’écriture qui correspondrait à nos entêtes actuelles) sans forcément avoir le temps de lire, à repérer les noms des Commandeurs pour juste vérifier les dates de leur « mandat », à photographier des feuillets en sachant qu’aucune description de bâtiment ne vient les égayer…. Oh, maux de tête….

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Mais quel feu d’artifice, mes amis, quand nous arriverons enfin à relier toutes ces informations !!!! Le clou de cette journée se niche au XVIIIes : une intrigue entre un sieur Mathurin, un Commandeur et un seigneur. Cette affaire de bois malencontreusement coupés a été publiée au siècle précédent, telle une anecdote... Mais que penseriez-vous, lecteurs avertis, si je vous dis que la dite anecdote occupe aux archives une liasse de 20cm de haut au minimum… hum??  Et je vous le demande, sans malice aucune, aurez-vous la patience d’attendre un épluchage des terriers, avant de connaitre ces petites histoires qui font la Grande ?

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Je vous taquine un tantinet…j’avoue ! Tous ces documents qui passent entre nos mains témoignent aussi de l’histoire des techniques : du parchemin au papier. Certains terriers portent une marque de fabrique : le filigrane se dévoile à contre-jour. Le passage au support papier est tardif pour l’Eglise en général qui répugnait à user de ce support fabriqué par une civilisation arabo-musulmane. Le parchemin coutait très cher et ne permettait que peu d’erreur, d’où une volonté solide de conserver, de réutiliser les peaux tannées  le plus longtemps possible. Le religieux optimise alors son support onéreux, en réduisant le nombre de lettres dans les mots (ah oui c’est moins pratique pour nous !!), en évitant les blancs… (Respirez !!). Les parchemins sont grattés parfois jusqu’à être troués, ils sont même recousus. Le temps ne leurs fait pas de cadeau : ils se raidissent, refusent de se déplier, sont grignotés, brulés et parfois même cassent sous le poids des sceaux.

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Pour notre plus grande chance, quelques sceaux sont encore préservés sur des feuillets. L’auteur se servait de cire fondue qui sceller son document (pas d’enveloppe), puis il appliquait ses armes avant que la cire durcisse, comme une signature extérieure (l’expéditeur). Le sceau garantissait l’authenticité et le secret dans la correspondance (mais n’oublions pas l’ingéniosité des hommes à contourner les interdits et à faire des faux …de tout temps !). La couleur de la cire est réglementée, elle indique la nature de son contenu (privée, royale, etc.). Au Moyen Age, les sceaux vont de pair avec les armoiries, donc seule une minorité en a l’usage. Les sceaux véhiculent les images de puissance et de pouvoir de leurs propriétaires.

Sur ce, je vous tire séants ma révérence… Gardons pour plus tard les histoires de cire, de sceaux et de garde… des sceaux. Oh pardon ! Il est vraiment temps, non ?!

Kath es papillonnage de l’histoire

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